jeudi 10 mai 2012

La fraude peut-elle contribuer au progrès ?


Si la fraude scientifique est souvent considérée comme un danger pour le progrès de la science, elle peut dans certains cas permettre de dépasser des conceptions désuètes et figées. Elle permet le progrès scientifique par l'affranchissement des contraintes sociales d'une époque.


Dans l'histoire, plusieurs scientifiques ont dérogé aux règles de l'éthique scientifique, qui veulent que l'on ne falsifie pas ses résultats et qu'on ne donne pas un médicament tant que l'on est pas sûr de son innocuité. C'est le cas de Pasteur et de la vaccination. En effet, ce dernier, convaincu de l'efficacité de ses vaccins, a choisi de l'inoculer à un enfant atteint de la rage sans l'avoir testé auparavant, et ce pour faire progresser la médecine.
Peut-on vraiment parler de fraude scientifique dans le cas de Mendel ? Certes, il a probablement quelque peu modifié ses données pour qu'elles s'appliquent parfaitement au modèle préconçu dont il était convaincu, et cela ne correspond pas à une démarche scientifique. Cependant, ils n'a pas a proprement parler falsifié, mais plutôt simplifié ses résultats. La simplification des résultats est dans ce cas précis une astuce pour convaincre ses pairs de sa théorie.
Les cas de Pasteur et de Mendel sont similaires car les deux scientifiques avaient un souci de progrès scientifique, et non uniquement un dessein de gloire et de reconnaissance auprès des autres scientifiques. Ainsi, leurs théories ont été prouvées a posteriori, et aujourd'hui on reconnaît leur génie, leur audace, et on leur pardonne leurs torts. On dit d'eux qu'ils avaient des raisons valables et nobles d'agir, et on admire leur « flair » quant aux théories qu'ils avançaient. C'est la fraude en tant qu'élément contribuant au progrès. Mais si falsifier ses résultats en vue de confirmer une théorie dont on est intimement convaincu est pardonné dans le cas de Mendel, quand considère-t-on qu'il y a fraude ?

Au début des années 1960 cette fois, une fraude du même type a été effectuée par Cyril Burt. Le psychologue anglais était convaincu que le Q.I. (quotient intellectuel) se transmettait de façon héréditaire. Pour prouver sa théorie, il a inventé des résultats soit-disant calculés sur 53 paires de jumeaux alors qu'il n'avait étudié que 12 paires de jumeaux. Il a ensuite publié une série d'articles sur la transmission du Q.I. dans le courant des années 1960. Après sa mort, en 1971, des journalistes1 ont découvert la supercherie et ont prouvé que sa théorie était fausse. Cyril Burt est surtout connu pour cette histoire et souvent traité d'imposteur scientifique. La démarche est la même que Mendel et Pasteur mais hélas la théorie dont il était convaincu s'est avérée fausse.

L'hommage postérieur

La fraude scientifique, celle où on falsifie des résultats en vue de convaincre de la véracité d'une théorie, ne peut être considérée comme un facteur de progrès que dans le cas où la théorie se vérifie a posteriori. Dans ce cas, on considérera le chercheur comme un visionnaire, comme un génie incompris à son époque, et on lui rendra hommage des siècles plus tard.
Les motivations et les intuitions du peu de chercheurs contraints à frauder pour être entendus sont aujourd'hui saluées, mais ce genre de fraude est durement réprimée lorsque la théorie concernée ne se vérifie pas. La fraude scientifique, ou « l'embellissement des résultats », peut participer au progrès scientifique dès lors que cette fraude est mineure et qu'elle permet de s'affranchir de conceptions désuètes. En tout cas, aujourd'hui, les données des articles publiés dans les grandes revues scientifiques sont vérifiées, les expériences sont faites plusieurs fois et les statistiques modernes permettent de limiter les tentatives de fraudes flagrantes comme celles de Mendel.

Lauranne Beyer

1- Voir M. de Pracontal, L'imposture scientifique en 10 leçons, Points, 2005, p. 58

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